Le parcours fragile du Myanmar de l’opium au café
Le Myanmar commence à se faire une place dans le monde du café de spécialité. Les cafés de l’État Shan ont atteint des acheteurs internationaux, montrant à la fois qualité et potentiel. Mais cette histoire reste fragile. Les agriculteurs du pays ont longtemps dépendu de cultures instables, souvent illégales, comme l’opium, tout en vivant dans un contexte d’instabilité politique et de pauvreté. Dans ce cadre, le café a été promu comme une alternative – non seulement comme culture, mais aussi comme voie vers une plus grande stabilité.
Le contexte plus large
La modernité du Myanmar a été dominée par la dictature militaire. Le pouvoir est resté concentré entre les mains de la majorité Bamar, tandis que les minorités ethniques telles que les Shan et les Rohingyas ont subi des désavantages systématiques. Ces divisions, enracinées dans la colonisation, se sont approfondies après que la junte a pris le pouvoir en 1962, supprimant l’autonomie des groupes minoritaires.
La violence de 2017 – lorsque plus de 700 000 musulmans rohingyas ont été chassés de leurs foyers lors d’une campagne brutale de meurtres, violences sexuelles et incendies de villages – a exposé ces tensions au monde. Une brève période de gouvernement civil après 2015 s’est terminée avec le coup d’État de février 2021, qui a rétabli la dictature militaire et ravivé le conflit.
Aujourd’hui, un tiers de la population du Myanmar vit sous le seuil de pauvreté. Les communautés rurales, en particulier les minorités ethniques, sont particulièrement vulnérables. Pour beaucoup, l’agriculture est la seule source de revenus – et dans l’État Shan, cela a souvent signifié cultiver de l’opium.
Pourquoi l’opium domine
L’État Shan produit près de 90 % de l’opium du Myanmar. Les pentes escarpées et en altitude conviennent aussi bien aux pavots qu’au café. Pour les petits exploitants, l’opium présente des avantages distincts : faibles coûts d’intrants, car les graines peuvent être réutilisées et peu d’engrais sont nécessaires ; rendements élevés sur de petites parcelles difficiles d’accès ; et maturation rapide, assurant des retours rapides. Les agriculteurs cultivent souvent les pavots en association avec des cultures vivrières, créant une protection contre la faim.
L’opium a été moins un choix qu’une nécessité. Dans les zones de pauvreté et de conflit, c’était la culture qui garantissait la survie.
Deux approches pour changer
Les efforts pour réduire la dépendance à l’opium ont suivi deux grandes voies.
Le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a privilégié l’éradication. Son approche se concentre sur l’application de la loi et la substitution des cultures, poussant les agriculteurs vers le café ou d’autres alternatives sans forcément traiter les réalités économiques profondes qui soutiennent la culture de l’opium.
Le programme USAID/Winrock Foundation « Value Chains for Rural Development » s’est plutôt concentré sur le développement économique. Son objectif n’est pas simplement de remplacer l’opium, mais de renforcer les moyens de subsistance en donnant aux agriculteurs accès à des cultures à plus forte valeur ajoutée, notamment le café de spécialité et le sésame. Le programme a soutenu les petits exploitants – y compris les femmes et les minorités ethniques – avec des formations, des subventions et des liens avec CQI et d’autres partenaires pour une assistance technique.
Comme l’explique Shirani d’Indochina Coffee : « Le programme vise vraiment à offrir la formation et les compétences pour produire du café de spécialité avec un revenu stable, plutôt que de dépendre d’économies fragiles. Ce n’est pas simplement une question de ‘avant on cultivait de l’opium, maintenant on cultive du café.’ L’objectif est de construire un avenir résilient et durable pour ces communautés.
Progrès fragiles
La promesse de ces projets a été compromise par des événements récents. La COVID-19 a perturbé les formations et la logistique. La guerre civile qui a suivi le coup d’État de 2021 a encore déstabilisé le pays, l’armée contrôlant la monnaie et intervenant dans la fixation des prix du cerise.
« Avant le coup d’État et la Covid, on pouvait dire que le programme menait à de bons changements, » dit Shirani. « Mais maintenant il est pris au milieu de tant d’autres problèmes. Le pays est dans un tel désarroi – ce qui rend tout très vulnérable. »
Résilience sur le terrain
Malgré cela, les producteurs ont montré une résilience remarquable. Les agriculteurs continuent de cultiver et d’exporter du café de spécialité, en maintenant les relations établies avec des partenaires internationaux. « Nos partenaires produisent toujours du café, et les relations que nous avons construites restent cruciales, » ajoute Shirani. « Ces communautés ne font pas beaucoup parler d’elles dans les médias occidentaux, mais elles continuent d’avancer. La meilleure chose que nous puissions faire est de continuer à les soutenir. »
Perspectives
Le café de spécialité ne peut pas résoudre les profondes crises politiques du Myanmar. Mais il offre une alternative à l’instabilité des cultures illégales, et une chance pour les familles agricoles de construire des moyens de subsistance plus stables. Chaque lot de café exporté représente non seulement un produit, mais aussi la résilience : la décision de continuer à planter, transformer et se connecter avec les acheteurs même dans les conditions les plus difficiles.
En continuant d’investir dans ces relations, le secteur du café de spécialité peut aider les agriculteurs du Myanmar à soutenir des progrès fragiles mais significatifs vers un avenir différent.